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Chapitre 19
C'est
une nuit sans lune, sans nuage. Une nuit où le ciel fait
péter ses diam's, sort toute sa quincaille.
Dans
l'univers, tout se met en place pour le grand ballet de la brune.
Les
sept ampoules de la petite ourse s'allument. De partout se pointent
des perles pâles, cools, pas pressées, alors qu'elles
tracent la route à des années-lumière,
attifées de bibelots clinquants, juste pour venir nous
aguicher.
Vénus
baille, se tire une flemme, mais fixe déjà le
sombre océan de son oeil immobile.Faut te bouger le cul,
ma vieille, et montrer la route aux bergers.
Y'en a peut-être des paumés comme moi qui ont besoin
qu'on les prenne par la main, qu'on leur montre le chemin, qu'on
les mette sur la voie.
Et
toi, la polaire, toi le nombril des cieux,
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tu
nous empêches de perdre le nord mais tu n'expliques pas
comment garder le cap, tu ne nous refiles pas la recette quand
on ne tient
plus
en équilibre et que la foi s'est fait la malle. Tu restes
là, plombée, tu te la joues,
clouée au rivage de la nuit étemelle.
Plus loin, idem. La couronne boréale étale son
collier de pierres précieuses, le met en vitrine sur
l'oreiller céleste mais ne lâche rien non plus
sur la question.
Même le cerf-volant, pourtant le grand protecteur du Grand
Ordre, ne pipe mot. Il est paumé, le navire nautkagé
et sa clique d'hippocampes de mer.
Déjà, la balèze Antarès remballe
ses frusques, sa chasuble rouge sang. Le coeur du scorpion se
débine. Le grand coeur qui bat, qui aime, qui tue, part
en vrille, détache ses amarres, change de paroisse.
Moi
aussi, j'ai tiré le rideau.
J'ai plus la force de plonger la corde de la gamberge dans l'impénétrable.
Pauvre
amputé, pauvre fleur de nave, t'es
qu'un va-la-crème, un coupe-la-faim, un aban- donné
de toi-même. Et pendant que je m'enru-
banne de gentillesse, un cri lacère la combe. Le
cri d'un manchot qu'on étrangle. Mon corps se
raidit, bondit sur place. Mais, au bord du pla-
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teau
qui file vers le haut-pays, je repère les deux
flammes rouges d'un goupil en vadrouille.
Eh Goupil ! Eh ! Toi le rusé, le mariole,toi qui sais
apprivoiser les princes, tu peux pasme souiller un peu de baume
dans le comet, tupeux pas m'aider à redorer mon blason
?
Y'a
donc que dans les bouquins que tudéballes ton verbe sacré,
qu'il faut créer desliens, qu'on a des comptes à
rendre aux roses,que l'essentiel est invisible pour les yeuses.
Et
quand il est invisible, jusqu'à l'os, auroyaume des aveugles
de l'âme, tu leur disquoi, toi, aux égarés
?
Tu
leur dis quoi à ceux qui sont passésdevant la
glace, sans personne pour les guider ? Tu les aflkanchis de
belles paroles et tu leslaisses comme deux ronds de flan, dans
lapurée. T'as même pas le mode d'emploi destravaux
pratiques. T'es qu'un guignol de caté-chisme, un rat
de bibliothèque, un fantôme.
Ton boniment ouvre la nuit à tes fidèles,mais
bouche l'espoir de s'envoler à ceux quine pigent pas
tes promesses, à ceux qu'ont pasdécollé,
pas capté l'illumination.
Et
pendant que je dégueule ma fièvre etmon ressentiment,
le ciel dégouline de chromesrutilants.
La Voie lactée déverse ses graines de lait,son
foisonnement d'écume, en plein milieu dela parade. Elle
déroule sa rivière de sucre jus-
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qu'au
zénith, traverse les ailes immaculées ducygne
qui navigue sur ses eaux, majestueux,insaisissable ; et tout
au bout de la terre, elle sedéfringue et s'évapore
dans le noir.
Une
tripotée d'étoiles qui chavirent,comme mézig,
dans le fracas des ébullitions,qui explosent dans l'antre
du cosmos en fusion,dévorant des nébuleuses luisantes
et glacées.
Un paquet d'agonisées qui se barrent à desmilliards
à l'heure, en s'astiquant les côtes pourbriller
encore plus jusqu'au bout de leur vie,dans le coeur de la mort.
Et
autant qui jaillissent du gigantesqueventre et qui éjaculent
à leur tour la semencedivine.
Les galaxies se fuient, les étoiles naissent,meurent,
elles n'en font pas tout un plat. Ellesne pompent l'air à
personne avec leur mald'être. Elles vivent juste ce qu'elles
ont à vivre,et elles en sont toutes radieuses.
Véga retend les cordes de la lyre.
La reine de beauté ouvre ses lantemes etfracasse le drap
noir de son éclat. Elle en profitepour faire la cour
au seigneur Altaïr et le grandaigle rayonne.
Elles en mettent plein la vue, les stars dela sorgue. Elles
chaloupent, elles gambillent, ellesguinchent. Elles étirent
leurs branches en jetantdes oeillades.
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On
courtise sec dans l'atmosphère.
Elle
resplendit la joncaille !
Une
vraie pluie de baptême.
Et
moi, j'attends le saint sacrement.
Le Grand Manitou, il a fait ça en géant,en abondance.
Pas regardant, Son Éminence.Il n'y est pas allé
du bout des doigts, à lapetite cuillère. Il a
sorti toutes ses réserves. Pas radin, le Généreux.
À foison les constellations, les grains desable et les
gouttes d'eau.
À
foison l'herbe, les cailloux, le rire et leslarmes.
Lui,
il me gave, et moi j'y trouve pas monlot, je rechigne, alors
que tous les astres sont braqués sur moi et se penchent
pour meconsoler.
Et
Gabriel, s'il a épousé la camarde, il est là-haut
à me faire de l'oeil, comme avant, assis à lapointe
d'une comiche, les jambes dans le vide.
Un
long frisson court sous mes plumes. Leciel tout entier se met
à clignoter.
Je
ferme mes lucames.
Il
y a encore plus d'étoiles derrière mespaupières.
Je
sombre dans un bain de mousse, dans la barbe à papa,
je me noie dans le raffinementouaté.
Des
éclats d'albâtre éclairent le fond del'étemité.
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