"Tu l'entends le cri du milan ?

Il te balance sa détresse sur les
notes pathétiques d'un blues en
plein azur. Son ami Gabriel,
l'ornitho au grand coeur, le
protecteur des rapaces a disparu.

Tu l'entends le cri du milan ?

Il te hurle sa hargne, sa poésie
encanaillée. Il t'embarque dans les
décors du Haut-Doubs : suspens,
parades d'amour, vols planés dans
les limbes, trafic de faucons
pélerins, enlèvement, révolte des
oiseaux...

Tu l'entends son cri ?

Il t'aspire dans les turbulences, il
t'avale et te plonge au coeur de la
vie jusqu'au bord du ciel et même
au delà."





milan On a lu le cri du milan On a lu le cri du milan On a

Je n'ai pas touché terre de tout le livre et je me demande encore maintenant si j'ai envie de redescendre ou si je me précipite à la page 1 pour recommencer l'histoire encore et encore...
Ta plume aiguisée s'y colle pour ciseler tes phrases, taillader dans la forêt des mots pour trouver justement ceux qui vont s'accorder et faire le beau buisson dans lequel on a envie de passer du temps à être bien.
...et ton énorme coeur pilote toute l'escadrille et m'offre la beauté du monde, infinie...

Zouzou



On est tellement transporté dans les airs avec lui, les cinq sens en émoi.
J'ai passé un bon moment remplie d'admiration et du désir de savoir la suite.

Violaine Llorca


Il nous prend dans ses ailes, plein d'humour et d'amour, insolent et émouvant.
J'y ai cru à donf.

Catherine Pourchet


Beaucoup de force dans le vocabulaire, dans la concision des phrases. Quand aux descriptions du paysage et du temps qu'il fait elles ne vont pas sans rappeler Giono.

Hubert Bitard


J'attendais un roman et je me trouve en présence d'un poème épique, d'un polar lyrique.
Un hymne écologique.

André Mathieu


J'y ai fureté avec grande émotion. J'y sens, dissimulées avec soin, comme par un chat qui ne veut surtout pas laisser de traces, des traces très pudique et très profondes d'une grande histoire d'amour.

Christiane Singer




A Fernand Mathias
qui a semé en moi
l'idée d'écrire
sur les rapaces
mes seuls
voisins de palier.

A georges Contejean
un homme-oiseau
qui a ouvert pour moi
des chemins secrets
au dessus des falaises.


milan On a lu le cri du milan On a lu le cri du milan On a


Chapitre 19


                   C'est une nuit sans lune, sans nuage. Une nuit où le ciel fait péter ses diam's, sort toute sa quincaille.
                   Dans l'univers, tout se met en place pour le grand ballet de la brune.
                   Les sept ampoules de la petite ourse s'allument. De partout se pointent des perles pâles, cools, pas pressées, alors qu'elles tracent la route à des années-lumière, attifées de bibelots clinquants, juste pour venir nous aguicher.
                   Vénus baille, se tire une flemme, mais fixe déjà le sombre océan de son oeil immobile.Faut te bouger le cul, ma vieille, et montrer la route aux bergers.
                    Y'en a peut-être des paumés comme moi qui ont besoin qu'on les prenne par la main, qu'on leur montre le chemin, qu'on les mette sur la voie.
                   Et toi, la polaire, toi le nombril des cieux,



                    tu nous empêches de perdre le nord mais tu n'expliques pas comment garder le cap, tu ne nous refiles pas la recette quand on ne tient
                   plus en équilibre et que la foi s'est fait la malle. Tu restes là, plombée, tu te la joues,
clouée au rivage de la nuit étemelle.
                    Plus loin, idem. La couronne boréale étale son collier de pierres précieuses, le met en vitrine sur l'oreiller céleste mais ne lâche rien non plus sur la question.
                    Même le cerf-volant, pourtant le grand protecteur du Grand Ordre, ne pipe mot. Il est paumé, le navire nautkagé et sa clique d'hippocampes de mer.
                    Déjà, la balèze Antarès remballe ses frusques, sa chasuble rouge sang. Le coeur du scorpion se débine. Le grand coeur qui bat, qui aime, qui tue, part en vrille, détache ses amarres, change de paroisse.
                   Moi aussi, j'ai tiré le rideau.
J'ai plus la force de plonger la corde de la gamberge dans l'impénétrable.
                   Pauvre amputé, pauvre fleur de nave, t'es
qu'un va-la-crème, un coupe-la-faim, un aban- donné de toi-même. Et pendant que je m'enru-
banne de gentillesse, un cri lacère la combe. Le
cri d'un manchot qu'on étrangle. Mon corps se
raidit, bondit sur place. Mais, au bord du pla-

teau qui file vers le haut-pays, je repère les deux
flammes rouges d'un goupil en vadrouille.
                    Eh Goupil ! Eh ! Toi le rusé, le mariole,toi qui sais apprivoiser les princes, tu peux pasme souiller un peu de baume dans le comet, tupeux pas m'aider à redorer mon blason ?
                   Y'a donc que dans les bouquins que tudéballes ton verbe sacré, qu'il faut créer desliens, qu'on a des comptes à rendre aux roses,que l'essentiel est invisible pour les yeuses.
                   Et quand il est invisible, jusqu'à l'os, auroyaume des aveugles de l'âme, tu leur disquoi, toi, aux égarés ?
                   Tu leur dis quoi à ceux qui sont passésdevant la glace, sans personne pour les guider ? Tu les aflkanchis de belles paroles et tu leslaisses comme deux ronds de flan, dans lapurée. T'as même pas le mode d'emploi destravaux pratiques. T'es qu'un guignol de caté-chisme, un rat de bibliothèque, un fantôme.
                    Ton boniment ouvre la nuit à tes fidèles,mais bouche l'espoir de s'envoler à ceux quine pigent pas tes promesses, à ceux qu'ont pasdécollé, pas capté l'illumination.
                   Et pendant que je dégueule ma fièvre etmon ressentiment, le ciel dégouline de chromesrutilants.
                    La Voie lactée déverse ses graines de lait,son foisonnement d'écume, en plein milieu dela parade. Elle déroule sa rivière de sucre jus-


qu'au zénith, traverse les ailes immaculées ducygne qui navigue sur ses eaux, majestueux,insaisissable ; et tout au bout de la terre, elle sedéfringue et s'évapore dans le noir.
                   Une tripotée d'étoiles qui chavirent,comme mézig, dans le fracas des ébullitions,qui explosent dans l'antre du cosmos en fusion,dévorant des nébuleuses luisantes et glacées.
                    Un paquet d'agonisées qui se barrent à desmilliards à l'heure, en s'astiquant les côtes pourbriller encore plus jusqu'au bout de leur vie,dans le coeur de la mort.
                   Et autant qui jaillissent du gigantesqueventre et qui éjaculent à leur tour la semencedivine.
                    Les galaxies se fuient, les étoiles naissent,meurent, elles n'en font pas tout un plat. Ellesne pompent l'air à personne avec leur mald'être. Elles vivent juste ce qu'elles ont à vivre,et elles en sont toutes radieuses.
                    Véga retend les cordes de la lyre.
                    La reine de beauté ouvre ses lantemes etfracasse le drap noir de son éclat. Elle en profitepour faire la cour au seigneur Altaïr et le grandaigle rayonne.
Elles en mettent plein la vue, les stars dela sorgue.                    Elles chaloupent, elles gambillent, ellesguinchent. Elles étirent leurs branches en jetantdes oeillades.


                   On courtise sec dans l'atmosphère.
                   Elle resplendit la joncaille !
                   Une vraie pluie de baptême.
                   Et moi, j'attends le saint sacrement.
                    Le Grand Manitou, il a fait ça en géant,en abondance.
                    Pas regardant, Son Éminence.Il n'y est pas allé du bout des doigts, à lapetite cuillère. Il a sorti toutes ses réserves. Pas radin, le Généreux.
                    À foison les constellations, les grains desable et les gouttes d'eau.
                   À foison l'herbe, les cailloux, le rire et leslarmes.
                   Lui, il me gave, et moi j'y trouve pas monlot, je rechigne, alors que tous les astres sont braqués sur moi et se penchent pour meconsoler.
                   Et Gabriel, s'il a épousé la camarde, il est là-haut à me faire de l'oeil, comme avant, assis à lapointe d'une comiche, les jambes dans le vide.
                   Un long frisson court sous mes plumes. Leciel tout entier se met à clignoter.
                   Je ferme mes lucames.
                   Il y a encore plus d'étoiles derrière mespaupières.
                   Je sombre dans un bain de mousse, dans la barbe à papa, je me noie dans le raffinementouaté.
                   Des éclats d'albâtre éclairent le fond del'étemité.