Ma mère rêvait d'être chanteuse d'opéra et mon père de faire l'acteur.
On comprendra qu'ils aimaient vraiment aller au cinéma.

Bercée par la belle voix de ma mère qui chantait en cousant,en marchant, en cuisinant, en tricotant, j'ai eu vraiment envie de sortir de là pour voir les images.

La sage femme, Madame Puig est arrivée en vélo.
Je suis née le cordon autour du cou mais
en très bonne santé,
ce qui a fait dire à ma grand-mère :
"Quelle comédienne celle-là !".
il était 0 heure 5 minutes....

                                     

Mon père a d'abord acheté une caméra Paillard 8 mm.
Son premier film en 1952 en noir
et blanc "Laurence au poulailler".

Et puis "Jean Pierre et la carriole", la tétée de Rémy", les inondations à Morteau", "Au zoo de Vincennes", "La tombe de la tante Gaby", "Adeline et la tortue". C'était du filmé-monté-parfaitement réfléchi. Les filmscoûtaient cher . Il fallait tout de même regarder à la dépense.
Quand ma mère s'avisait de prendre la caméra - et seulement parceque mon père désirait être filmé. C'était très tendu. Il ne lâchait pas la Paillard des yeux.

Le dimanche soir, après le pique-nique ou le ski ou le patin à glace sur les bassins du Doubs, mon père dépliait religieusement l'écran devant le buffet de la salle à manger.
Lu bout du compte on était toujours d'accord. Le ronronnement du projecteur, l'odeur tiède des ampoules qui chauffaient et lma magie des images sur la grand écran.
J'allais en découvrir un encore plus grand, au patronage, tellement grand que j'ai cru que les loups de "sans famille" allaient bondir sur moi. C'était le jeudi après midi dans le préfabriqué du catéchisme et ça coûtait vingt centimes.
Pour cinquante centimes j'avais le choix entre un cervelas ou deux séances de cinéma.
Je préférais le cinéma et pourtant qu'est ce que j'aimais le cervelas!

On rejouait les scènes dans le jardin.
       

Au cinéma" le Paris", à Morteau, je suis tombée amoureuse de Joselito. Plus tard j'ai acheté tout ses disques. Mais le premier film que ma mère m'a emmené voir, c'était "Sainte Bernadette".

Quand je me promenais dans les bois, j'avais toujours peur que la Vierge m'apparaisse et que je sois choisie pour devenir bonne soeur.

   Jean-Pierre me chahutait tout le temps.
                     
     Je me mettais à pleurer et il me traitait de pisseuse....